Comment faire décoller
une marque quand on n’a pas le sou

Lancer une compagnie « 100 % classe affaires à bas tarif », tel était le pari d’Elysair et de son agence, TBWA\Consulting.


1 Objectif
Imposer un nouveau standard dans l’aérien

Lancer une compagnie aérienne de nos jours est un défi plutôt audacieux. C’est très coûteux, et les risques sont considé rables. Pour réussir, mieux vaut disposer d’un projet solide et s’appuyant sur une niche sousexploitée. Dans un secteur où le modèle low cost a envahi le paysage commercial et modifié les comportements d’achat, les opportunités sont toutefois assez limitées. « Le prix est devenu l’unique clé du système, délaissant d’autres dimensions de l’offre comme le service », indique Marc Rochet qui, en prenant la tête d’Elysair courant 2006, entend lancer une compagnie aérienne totalement inédite en France. « L’idée était de lancer un nouveau segment de marché : une compagnie aérienne 100 % business class et « low fare », confie-t-il. Seul le segment classe affaires est rentable pour les compagnies aériennes, mais les prix pratiqués sont généralement exorbitants. » 
Pour lancer ce nouveau concept, Elysair prévoit d’attaquer le marché où la demande est la plus forte : la liaison Paris-New York, jusqu’alors assurée par cinq compagnies internationales qui réalisent douze vols quotidiens uniquement au départ de Roissy, dont 17,4 % des sièges sont en classe affaires. Prenant le contre-pied de ce marché oligopolistique sans différenciation d’offres, la nouvelle compagnie prévoit d’affréter au départ d’Orly un avion de 90 sièges pouvant assurer six rotations par semaine. Reste que, pour bâtir ce nouveau modèle, tout est à faire. Après avoir levé 25 M€ et acheté son seul et unique avion, un Boeing 757, Elysair met son destin entre les mains de TBWA\Consulting, qui devra assurer l’ensemble du branding, du design et des actions de com du lancement de la nouvelle compagnie aérienne française.

2 Moyen
Le bouche à oreille, principal média de la campagne

« Le cahier des charges était pour le moins contraignant, indique Bruno Tallent, président de l’agence. Un budget de communication et marketing de 4 M€ à étaler sur les dix-huit premiers mois, un délai de lancement de seulement quatre mois et l’impossibilité de communiquer sur la compagnie avant l’attestation officielle des autorités aériennes françaises et américaines.» Première étape : le nom. « Notre choix s’est porté sur L’Avion car ce nom résume à lui seul l’originalité et l’aspect unique du concept. De plus c’est français, compréhensible par les Anglo-Saxons », explique M. Rochet. Le design de l’avion est lui aussi scrupuleusement étudié, « pour la simple raison que c’est notre premier média », poursuit le patron d’Elysair. « Il séduit, rassure, fait parler, c’est un élément incontournable du mix de communication qui doit incarner la compagnie et son positionnement », ajoute B. Tallent. Il faut reconnaître que les avions de couleur parme ne courent pas les aéroports. Pour ce qui est de la communication à proprement parler, la mission de l’agence consiste à faire comprendre aux voyageurs qu’avec L’Avion, ils vivront une expérience unique. « Il nous fallait générer de la notoriété, du statut et de l’image pour rassurer le client sur le sérieux de la compagnie, véhiculer un imagi naire de valeurs positives et être présent dans son référentiel de marques aériennes », avance B. Tallent. Pour cela, l’agence mise sur un média tout bête : le bouche à oreille. Le principe étant que les clients de L’Avion sont ses premiers ambassadeurs et son principal levier de com. L’agence bâtit ainsi une stratégie d’infiltration affinitaire pour toucher ses cibles de prédilection : les dirigeants de PME-PMI, les expatriés à New York, les professions artistiques, les communautés affines avec la destination (CSP +, seniors, gays), mais aussi et surtout les leaders d’opinion que sont les bloggers et les « Paryorkers », c’est-à-dire les habitués du trajet. Des personnalités comme JC de Castelbajac, John Nollet, Oriane Garcia, Cyril Giorgini, Charlelie Couture ou Frédéric Beigbeder sont ainsi invités à vivre l’expérience de L’Avion et d’en faire écho. « Grâce à cette initiative, nous sommes parvenus à faire connaître la compagnie de façon plus personnelle et moins intrusive que la pub classique », se félicite M. Rochet. D’autant que L’Avion s’est construit comme une e-marque 2.0. Le Web est le canal de vente, de relation et de promotion de la compagnie. « Le voyage commence par notre site Internet. C’est autour de lui qu’est construit tout notre programme relationnel. Vis-à-vis des clients, tous les points de contact doivent être vécus comme des moments d’expérience de la marque, avant, pendant et après le vol », poursuit le patron d’Elysair.

3 Résultat
Un taux de remplissage de 72 % en quatre mois

Avec seulement 620 000 € en AE, la campagne donne des résultats probants. « Nous avons atteint nos objectifs avec six mois
d’avance », se réjouit M. Rochet. Le taux de remplissage moyen de l’avion fixé pour fin 2007 était de 64 %. Il atteint 72 % dès le mois de mai. Idem pour les ventes moyennes/jour : la compagnie misait sur 129 coupons pour la fin 2007, le chiffre dépasse le
134 coupons en mai. Enfin, le prix moyen du ticket atteint 811 €, soit 11 € de plus que prévu. « Ces performances nous ont permis de prendre 2,6 % de PDM sur notre cible et plus de 11 % sur notre coeur de cible », avance la compagnie. Le succès du démarrage de L’Avion est aussi à mettre au crédit de la grosse couverture médiatique dont a bénéficié la compagnie. « Le concept a tout de suite interpellé et séduit les médias, tout comme la population chargée de nourrir le bouche à oreille », indique-t-on chez TBWA\Consulting. Last but not least, selon l’enquête de satisfaction les clients ont été immédiatement satisfaits : 92 % des passagers conseilleraient à un ami de prendre L’Avion, et 92 % revoyageraient volontiers sur la compagnie.


Tanguy Leclerc - CB News - www.cbnews.fr