Comment corser son image avec
un sex-symbol

Pour ne pas être rattrapé par la concurrence, Nestlé a décidé de positionner Nespresso comme une marque premium, avec un ambassadeur de choix en la personne de George Clooney.


1 Objectif
Construire une marque internationale

Afin de réagir en 2005 au déploiement publicitaire de la concurrence qui avait aligné ses investissements médias à hauteur des siens (1), Nespresso a lancé une nouvelle machine d’entrée de gamme, baptisée Essenza (199 €), destinée à booster son CA international et à faire parler d’elle. Pari réussi : les ventes des machines ont augmenté de 42 % au niveau mondial. « En 2006, la marque voulait maintenir le taux de croissance de 2005 tout en développant un positionnement haut de gamme, explique Marie-Hélène Pradon, International Marketing Manager de Nespresso. Le groupe a donc décidé de se différencier de la concurrence avec le lancement d’une nouvelle machine, baptisée “Le Cube”, qui affichait un prix supérieur de 70 % à celui d’Essenza. » Et pour ancrer ce positionnement premium, Nespresso voulait associer sa marque à une personnalité internationale qui incarnerait ses valeurs. « À première vue, le casting paraissait difficile, expose Jérôme Guilbert, Dg de McCann Erickson Paris. Parce qu’utiliser une star est un mécanisme convenu, et les consommateurs savent pertinemment qu’elle est payée par la marque pour faire sa pub. Il nous fallait davantage un faire-valoir qu’un ambassadeur.» Nespresso a donc lancé un brain-storming en interne, en août 2005, où des people comme Monica Bellucci ou Sharon Stone se côtoyaient en short-list. Mais ces personnalités ne collaient pas à la vingtaine de critères de choix définis par Nespresso, et après avoir mené une étude auprès de 600 personnes (50 % de clients et 50 % de prospects) en France, en Suisse et aux États-Unis, c’est George Clooney qui a décroché la palme du public.

2 Moyen
George Clooney comme « faire-valoir » de la marque

Celui-ci apparaît dans sa première pub internationale pour la marque, signée Mc-Cann Paris, en avril 2006. « Il a accepté de ne pas être qu’un simple VRP de luxe de la marque, expose Laurent Duvivier, directeur de clientèle de McCann. Avec un sens de l’autodérision très poussé, il a même laissé sa place de premier rôle au produit. » La campagne a commencé par un événement RP dans chaque pays où elle a été lancée, suivie d’un volet affichage visible dans toute l’Europe dès mai 2006. Puis en TV avec le film en VO sous-titré, « The Boutique », introduisant la nouvelle signature de la marque : « What Else ? ». « Nous avons gardé sa voix sans doublage pour apporter un cachet cinématographique au film, et la patte de Michel Gondry a joué un rôle prépondérant », explique J. Guilbert. La quasi-totalité de la planète a donc pu voir l’acteur en action, sauf l’Amérique du Nord où G. Clooney a interdit la diffusion de la campagne pour des raisons d’image. Pour la France, un des pays où les investissements médias dépassent les 2 M€ – « soit environ 34 % du budget total monde », appuie M.-H. Pradon – elle a démarré en TV (54 % du budget média) en mai, avec une phase teaser d’une semaine suivie d’une version longue du spot (50 s), aussi diffusée au cinéma (4 % de l’investissement média), puis dans sa version 30 s. En parallèle, la marque s’est assuré une présence constante en presse pendant plus de huit mois (avril-décembre 2006), soit 19 % du budget média. Côté Web (1% de l’investissement), le site marchand de Nespresso reprenait la campagne. La partie affichage (22 % du budget) a été visible tout le mois de juin, puis de fin août à décembre, avec de nombreuses bâches événementielles (240 m² Porte Maillot, à Neuilly…).

3 Résultat
+ 43 % de membres du Club Nespresso recrutés

Avec la copie Clooney, la marque a connu un développement sans précédent en 2006, avec + 42 % du CA mondial, qui atteint 1,16 Md$, soit + 16 % vs les objectifs de départ. Les machines Nespresso se sont vendues comme des petits pains, avec + 27% des ventes mondiales, soit + 300 000 machines vendues vs 2005. Les adeptes se sont rencontrés sur le site pour devenir membres du Club Nespresso, qui atteint 1,1 million d’adhérents (+ 43 % d’inscriptions vs 2005). En France, le recrutement de nouveaux membres a dépassé les attentes : + 28 % (+ 19 % vs les objectifs initiaux), et près de 14 millions de capsules se sont écoulées en 2006, soit + 16 % vs l’objectif envisagé. La pub a généré une hausse du top of mind (+ 12 points vs 2005) et de la notoriété spontanée (+ 25 points) sur le coeur de cible de la marque, les amateurs d’expresso CSP + (2). « Nespresso a pris le leadership en notoriété, et a même fait baisser celle de Senseo, notre concurrent direct », sourit M.-H. Pradon. En effet, la notoriété spontanée de la marque en France est passée de 29 points à 43 points, entre décembre et juillet 2006, quand Senseo (Sara Lee) reculait de 48 à 40 points sur la même période. Loin derrière, Tassimo (Kraft Foods) est passé de 10 à 13 points (3). « Le marché français a atteint une certaine maturité, la marque a même dépassé la notion de luxe, en atteignant un luxe d’expérience », conclut J. Guilbert.

Virginie Baucomont - CB News - www.cbnews.fr

(1) Tassimo : 1,3 M€ ; Senseo : 1,2 M€ ; Nespresso : 1,4 M€
(source Pluri Explorer Budget TNS, 2005).
(2) (3) Source TNS Sofres, sept. 2006.