1 OBJECTIF
Éviter de banaliser la marque
Octobre 2008. La crise financière
plonge le monde dans l’incertitude.
Pire qu’une « simple » crise économique,
le mouvement créé entre
autres par la faillite de Lehmann
Brothers provoque une crise de
confiance à l’égard des banques.
Non seulement les Bourses mondiales
s’effondrent, mais les circonstances
du déclen chement de
la crise provoquent une coupure
entre les opérateurs eux-mêmes,
mais surtout entre les opérateurs
et le public. Un contexte de profonde
défiance auquel n’échappe
pas la Caisse d’épargne. La banque
de l’Écureuil est d’autant plus affectée
que, comme d’autres, elle a dû annoncer
d’importantes pertes de trading. « Il y a
eu un écart entre la communication des
banques et la perception que le public
avait de la crise », souligne Catherine
Bonneville-Morawski, directrice adjointeà la direction communication, image
et sponsoring de la Caisse d’épargne.À ce contexte économique tendu, s’ajoute
une difficulté d’ordre concurrentiel. Le
1er janvier 2009, la Caisse d’épargne perd
son monopole « historique » sur
la distribution du Livret A. Ce
changement se traduit d’abord
par la banalisation de la marque
qui perd un élément de différenciation.
Mais, surtout, la possibilité
pour toutes les banques de
distribuer des Livrets A entraîne
un sur investissement de la concurrence
sur ce thème, ce qui risque
de rendre inaudible le discours de
la Caisse d’épargne.
2 MOYENS
Prendre
la concurrence à revers
Difficile de réagir dans ce contexte
difficile. Pour la marque et l’agence,
Ogilvy, le choix se résume à deux
options : répondre à la concurrence
sur le terrain du Livret A, au risque
d’être d’autant plus inaudible que la
nouveauté est dans le camp adverse.« Nous avons choisi de rappeler fortement
que la Caisse d’épargne estavant tout une grande banque », explique
C. Bonneville-Morawski. L’établis sement
lance sa contre-offensive en portant le
taux du compte-courant rémunéré à 3 %,
et devient ainsi la première banque françaiseà agir de la sorte. Le taux promotionnel
renforce l’attractivité de l’offre et
la rend unique sur le marché. L’objectif
est double : équiper les clients et les nonclients
qui n’ont pas de forfait rémunéré,
et inciter la montée en gamme des clients
déjà équipés, pour renforcer le produit
net bancaire de la Caisse
d’épargne. Deux volets
qui doivent permettre de
compenser la perte due à
la nouvelle concurrence sur
le Livret A. Sur le plan de la
com, trois objectifs étaient
assignés à Ogilvy : créer de
l’intérêt autour d’un produit
déjà existant, émerger en dépit de la
surpression pub sur le Livret A et concilier
une campagne de création de trafic avec
la construction de la marque. L’arme de
ce plan de conquête étant le fameux taux
de 3 % dont la simplicité devait permettre
d’émerger dans le bruit médiatique.« L’idée était d’événementialiser la campagne
avec un teasing lancé simultanément
en télévision et sur une chaîne spécifique
créée sur Dailymotion dans les derniers
jours de 2008 », explique Marc-Antoine
Jarry, directeur du planning stratégique
d’Ogilvy. Un gigantesque « 3 », posé en
plein désert, interpellait les animaux de
la saga pub pour la première fois réunis
dans un même film. Une interrogation
levée le 1er janvier 2009 par la révélation
sur les mêmes canaux, en mettant cette
fois en scène le célèbre écureuil. Outre la
TV et Dailymotion, la campagne s’étendait
aux principaux sites du couplage PQR 66
habillés aux couleurs de la marque. En
outre, une campagne d’affichage 4 x 3,
Abribus et vitrine venait appuyer ce dispositif
complété par du marketing direct
et de l’habillage des points de vente, sans
oublier des pages dédiées sur le site commercial
de la banque.
3 RÉSULTATS
Des clients nombreux
et l’Écureuil heureux
Malgré une part de voix modeste (7,8 PDV
en TV et 2 % en plurimédia), les scores de
reconnaissance (66 % pour un standard
BVA de 57 %), d’attribution (91 % vs 43 %
standard) et de souvenir (22 % et 14 % de
top of mind) sont jugés « exceptionnels »
par l’agence et l’annonceur. Mieux, 25 %
des 18-55 ans déclarent que la campagne
les incite à se renseigner. Plus concret encore,
les ventes nettes cumulées sur les
trois premiers mois ont grimpé de près de
40 % vs la même période en 2008. Enfin,
les ventes de forfaits « haut de gamme »
ont nettement dépassé les scores réalisés
depuis 2005, avec des résultats presque
multipliés par trois vs 2008. De quoi faire
sourire un Écureuil après des mois de crise.
Frédéric Roy - CB News - www.cbnews.fr |