1 OBJECTIF
Limiter la casse sur un marché en déconfiture
Rentrée 2008 : alors que les premiers signes
d’une grave crise économique se
font sentir, le marché de l’automobile se
prépare à un très rude hiver. Partout dans
le monde, les ventes de voitures neuves
s’effondrent. Tous les fabricants ralentissent
leur production pour écouler leurs
stocks, ce qui impose la mise en place de mesures de chômage partiel. La France
n’échappe pas à ce mouvement général.
En octobre, les ventes de voitures neuves
chutent fortement (- 7,3 % toutes marques
comprises vs octobre 2007). Dans
cet univers économique morose, Citroën
résiste mieux que ses rivales françaises.
Alors qu’aucune amélioration n’est attendue
au premier semestre 2009, le
gouvernement met en place, fin 2008, le
dispositif de prime à la casse afin de soutenir
le secteur en incitant les Français à
investir dans l’automobile. Se sentant bien
armée avec une gamme de voitures bien
marquetée, Citroën souhaite profiter de
la crise pour gagner quelques points de
part de marché sur le territoire et réaliser
en 2009 des ventes similaires à 2008.
2 MOYENS
Détourner un jeu TV populaire
Citroën valide sa réponse à la crise : en
2009, elle va tout miser sur sa communication.
En février, elle lance une campagne
de marque (nouvelle identité visuelle
et nouveau slogan). Et, parallèlement aux
publicités en cours qui illustrent chaque
modèle, elle décide de faire une vaste
communication sur les prix pour soutenir
l’ensemble de sa gamme. La marque
charge H de lui monter rapi dement une
campagne promotionnelle multisupport
avec un concept déclinable pour tous les
modèles. « Comme le groupe monte en
gamme, on ne voulait pas tomber dans le
piège du discours prix. Mais davantage
mettre en avant les capacités technologiques
de nos modèles et placer le message
sur le prix comme une opportunité
d’acheter une bonne voiture », se souvient
Jean-Marc Savigné, directeur de la publicité
de la marque. L’agence cherche
donc une base commune pour toutes les
voitures, déclinable en TV, en radio, en
presse et sur le Net. Christophe Lafarge,
coprésident de l’agence H, et Hugues Reboul,
qui a en charge le budget Citroën,
jettent leur dévolu sur « Qui veut gagner
des millions ». Populaire et identifié de
tous, le jeu est synonyme de gains et de
bonnes affaires. « La mécanique de ce
jeu permettait de décliner les atouts des
modèles sous forme de questions. Très
identifié, le concept permet au message de
porter tout de suite », explique Christophe
Lafarge. Ensemble, ils négocient avec
Starling, le producteur de l’émission, afin
de pouvoir utiliser le programme. Jean-Pierre Foucault, grand collectionneur de
voitures et admirateur de la marque, se
laisse facilement convaincre de participerà la campagne. Reprenant le concept de
l’émission, des questions sur les options
des voitures sont soumises à des participants…
qui vont se tromper ! « L’idée la
plus forte a été de prendre des rushes de
vrais candidats qui avaient perdu lors de
leur participation au jeu de TF1. Du coup,
leur réaction est authentique et l’identification
est beaucoup plus forte que si nous
avions utilisé des comédiens », analyse
Christophe Lafarge. Pendant tout le mois
de janvier et du 1er mars au 30 juin 2009,
la campagne est largement exploitée encinq vagues (avec environ 26 700 k€
d’achat d’espace TV, radio et presse). La
cinquième met en scène Sébastien Loeb
et Daniel Elena, fraîchement décorés de
leur cinquième titre de champion du
monde des rallyes sur leur C4.
3 RÉSULTATS
Des ventes
en hausse de 10 %
dès le premier mois
La puissante mécanique du jeu s’est révélée
très efficace pour un message publicitaire.
La campagne a aussi bénéficié du
succès surprise du film Slumdog Millionaire.
Sorti en France début janvier, le
film de Danny Boyle, qui a décroché huit
Oscars, se passe en marge de la version
indienne de l’émission. « Tout cela a permis
d’atteindre un taux de reconnaissance
de la campagne de 89 %. Un score comparable
aux campagnes Nespresso, jamais
vu dans le secteur », se réjouit Jean-Marc
Savigné. Pour Citroën, c’est le jackpot.
Grâce à cette publicité, la marque dépasse
largement ses objectifs. En avril 2009,
elle voit ses ventes progresser de 10,1 %
dans un marché en retrait de 6 %. Citroën
enregistre alors 16,2 % des ventes
de véhicules neufs (vs 13,7 % un an plus
tôt), et s’offre même le luxe de dépasser
Peugeot pour s’offrir la deuxième place
du marché. Une première en vingt-cinq
ans. En cumulé, de janvier à avril 2009,
les ventes du constructeur augmentent
de 5,9 % (vs la même période en 2008),
alors que les immatriculations reculent
de 4,8 %. Jamais, en trente ans, Citroën
n’avait fait un si bon début d’année.
Benoît Daragon- CB News - www.cbnews.fr |