1 OBJECTIF
Redevenir
le n° 1 des jeux de tirage à gains importants
Ces deux ex-vieux meilleurs
amis que sont Jacques Chirac et Édouard Balladur pourraient en
témoigner, la situation change
considérablement sur trente ans.
La Française des Jeux a pu dresser
le même constat l’an dernier
au sujet du Loto, une activité sur
laquelle la société s’est développée
depuis 1978, mais que les joueurs
ont progressivement délaissée, au
profit d’autres jeux aux gains plus
fréquents ou plus avantageux. Elle
avait ainsi, en 2008, encore perdu 3 %
de ses recettes sur un an et 2 millions
d’adeptes par rapport à 2003. Ce recul
s’accompagnait, en outre, d’un vieillissement
du public. « Il fallait remoderniser
le jeu par rapport à une population qui
s’en éloignait et face au succès de l’Euro
Millions », témoigne Monique Heim,
directrice de la publicité et des médias
de la FDJ. La société n’a donc pas hésité
à revoir à la hausse le montant et la
fréquence des gains, en passant à trois
tirages hebdomadaires et à une meilleure
redistribution, avec une cagnotte minimale
de 2 M€. Pour le faire savoir, la FDJ
a adressé à son agence BETC un brief
assez clair : « Redonner de l’attractivité
à un jeu populaire, partagé et connu de
tous, résume la Dg Marielle Durandet,
en exploitant l’idée que le Loto permet
de devenir riche. » Traduit en chiffres,
cela signifiait être capable de générer une
croissance de 20 % du chiffre d’affaires et
de 3 millions du nombre de joueurs. Bref,
de redevenir le n° 1 des jeux de tirage à
gains importants.
2 MOYENS
Faire du Loto le jeu de tous les Français
Pour y parvenir, « il fallait faire savoir
qu’on peut devenir riche avec le Loto, sans
pour autant coller à la roue de l’Euro
Millions », explique Marielle Durandet.Son équipe créative s’est ainsi retrouvée
confrontée à une véritable problématique
stratégique, à savoir « comment raconter
cette richesse ? ». D’où l’idée de mettre en
avant le rôle d’ascenseur social joué par
ce jeu, en s’appuyant sur le fait qu’il fait le
plus de grands gagnants en France, tandis
qu’avec l’Euro Millions, on est l’élu de la
chance. Cette idée s’est retrouvée dans
la signature retenue pour la campagne,
qui rappelle que « la chance
appartient à tout le monde».
Mais l’ensemble du dispositif
pouvait surtout se baser sur
la question que tout joueur se
pose à un moment : qu’est-ce
que je ferais si je gagnais ? Une
approche qui permet à chacun
de se projeter dans l’après-gain,
en affichant les images d’une
vie nouvelle. « Il s’agissait de
privilégier la dimension émotionnelle,
tout en sachant que les
gagnants ne font généralement
pas n’importe quoi et essaient
de rester eux-mêmes », explique
Monique Heim. Cette approche
permettait également de répondre à un autre enjeu. En effet, « il fallait positionner le Loto
comme le jeu de tous les Français,
avec des joueurs représentatifs de
la population », poursuit-elle. Au
final, les créatifs de BETC ont donc
accouché d’une campagne plurimédia
touchante, proche du public, « montrant
ce que le Loto fait dans la vraie vie,
pour être au plus près de la sensibilité
des gens », se félicite la Dg de l’agence.
Elle s’est concrétisée par des spots TV et
radio montrant des témoignages généralement
drôles, pas forcément moqueurs,
des gagnants auxquels la population peut
facilement s’identifier.
3 RÉSULTATS
Une hausse moyenne de 47 % du chiffre d’affaires fin 2008
Les effets ne se sont pas fait attendre
puisque « dès la première semaine, les
performances étaient largement supérieures à nos espérances », relate la directrice
de la publicité et des médias de la FDJ.
Laquelle évalue les premiers résultats
hebdo madaires en termes de CA (en progression
de 69 %) de niveau équivalent à
celui enregistré sept ans plus tôt. Mais ces
excellents scores se sont surtout inscrits
dans la durée. Sur les douze dernières semaines
de 2008, le CA moyen a progressé
de 47 % par rapport à celui enregistré
sur les quarante premières semaines. Et « un an plus tard, la hausse est encore de
29 %, loin des 20 % initialement fixés, et
les prises de jeu hebdomadaires moyennes
ont gagné 1 million », souligne M. Heim.
Par ailleurs, les dispositifs développés
par FDJ et BETC ont permis d’« attirer
de nouveaux joueurs, plus jeunes et plus
féminins », explique M. Durandet. Enfin,
la campagne a rempli son rôle en termes
d’image. Pub TV préférée des Français en
2008 d’après Ipsos, elle a obtenu d’excellents
scores d’impact, de mémorisation,
voire d’incitation, plus élevés que précédemment.« Il était essentiel de conserver
l’humour de nos campagnes, tout en
portant un regard bienveillant sur nos
joueurs », estime la représentante de l’annonceur.
Et ce « sans être cynique ou caricatural», prolonge celle de l’agence. Bref,
d’être au plus près du consommateur.
Didier Si Ammour - CB News - www.cbnews.fr |